Un chantier historique et politique

Retrouvez ici les grandes étapes de la construction de l'Arc de triomphe.

Le projet napoléonien

Une fois avoir désigné la Place de l’étoile comme lieu d’élévation de l’Arc de triomphe, les architectes Jean-François Thérèse Chalgrin et Jean-Arnaud Raymond ont établi une série de plans. Ils optent notamment pour un arc à ouverture simple, dans la mesure où celui-ci se présenterait aussi comme une porte de la ville. Ce parti pris architectural fait directement références aux arcs antiques tel que l'Arc de Titus à Rome (85 apr. J-C). Parmi les nombreuses sources d'inspirations des deux architectes, on retient aussi l'Arc de Saint-Denis construit par Blondel ou encore l'Arc de Constantin à Rome (315 apr. J-C.) pour l'attique et l'ordre corinthien.

Un arc éphémère

Le 2 avril 1810, Napoléon 1er épouse Marie-Louise d'Autriche. Le couple impérial quitte le Palais de Saint-Cloud, où le mariage civil avait eu lieu la veille, pour rejoindre le Palais du Louvre et célébrer leur mariage religieux. L'itinéraire prévoit d'entrée dans Paris par la Place de l’Étoile. A cette époque, le chantier de l'Arc de triomphe n'est pas terminé. La base des quatre piliers est à peine sortie du sol. On décide alors d’exécuter une maquette grandeur nature. Chalgrin commande à Louis Laffitte un arc de charpentes et de toiles peintes, et cinq-cent ouvriers sont embauchés pour respecter les délais. Les charpentiers entament alors une grève pour dénoncer les conditions de travail et les salaires trop bas. Alors que le Préfet de police fait arrêter six d'entre-eux, les autres voient leurs salaires passer de 4 francs par jours à 24 francs par journée de travail effectuée.

Les derniers ajustements de Chalgrin

Le coût total de la construction temporaire s'est élevé à 511 000 francs, mais il aura permis à l’architecte Chalgrin d'apporter des modifications à ses plans et notamment dans l'ajout de ressauts, la suppression des socles mais aussi dans le choix l'ornementation des façades. Le 20 janvier 1811, Chalgrin meurt alors que les piliers de l'Arc de triomphe ne s'élèvent qu'à une douzaine de mètres, soit au niveau des assises de la voûte de la grande arche. C'est Louis-Robert Goust, son élève, qui lui succède à la tête du projet.

Un chantier suspendu sous Louis XVIII

Après la chute de Napoléon et l'arrivée au pouvoir de Louis XVIII, le chantier de l'Arc de triomphe est suspendu. En 1814, l'architecte Guillaume Poyet propose de raser les piliers existants. Louis XVIII refuse bien qu'il ne formule aucune volonté de reprendre la construction. Ce chantier commandé par Napoléon ne trouve aucune grâce aux yeux des monarchistes. Bien des propositions seront formulées entre 1814 et 1823, sans qu'une seule ne retienne l'attention du roi.

 

Un arc à la gloire de l'Armée des Pyrénées

Le 9 octobre 1823, Louis XVIII institue que l’Arc de triomphe doit être immédiatement terminé mais avec une nouvelle dédicace. Le roi décide, en effet, de célébrer non plus l’armée impériale mais l’Armée des Pyrénées. Commandée par Louis Antoine de Bourbon, Duc d’Angoulême et neveu de Louis XVIII, l’Armée des Pyrénées vient de rétablir le roi d’Espagne (Ferdinand VII) sur son trône. Le royaume de France revendique cette victoire. Les travaux reprennent progressivement, et Louis-Robert Goust se voit associé à un autre architecte : Jean-Nicolas Huyot. Tous les deux reprennent les plans de Chalgrin et sont chargés de les retravailler en y ajoutant notamment des colonnes en façade. Louis XVIII meurt le 16 septembre 1824, et son frère Charles X lui succède.

Reprise des travaux sous Charles X

Charles X poursuivra les travaux du monument selon le souhait de Louis XVIII.  En 1825 Huyot est révoqué suite à sa proposition de colonnes en façade, tandis que Goust reste en place. Huyot ne sera réintégré qu'en 1826. Charles X décide que les plans de Chalgrin devront être respectés. La même année, une commission d'architectes se réunit et définit les ornements à réaliser. On décide que la voûte sera ornée de 21 caissons avec rosaces, que des tableaux en hauts-reliefs seront sculptés sur les façades, puis on préconise l'emploi de la pierre de Chérence (Vexin) pour réaliser les sculptures de l'entablement. En 1828, le monument s'élève jusqu'à l'architrave de l'entablement. Le 29 juillet 1829, une plaque de marbre est installée sur l’un des piédroits. Celle-ci présente la nouvelle dédicace à l'Armée des Pyrénées. En 1830 Goust se retire du chantier laissant Huyot seul, ce dernier soumet à Charles X un projet d'ornement de la corniche supérieure composé de 36 statues symbolisant les grandes villes de France.

 

Le 2 août 1830, le peuple français se soulève contre le roi. Plus de 20 000 hommes se regroupent autour chantier de l'Arc de triomphe. Commandée par le Général Pujol, cette armée de patriotes réclame l'abdication de Charles X, ce qu'il signera depuis le Château de Rambouillet.

Achèvement des travaux sous Louis-Philippe

Une nouvelle période politique s'ouvre au lendemain des journées révolutionnaires de juillet 1830, aussi appelées les Trois Glorieuses. Louis-Philippe Ier monte sur le trône et contrairement à ses prédécesseurs, il entend régner dans un esprit de concorde et se présente en tant que roi des Français. Alors que le chantier de l'Arc de triomphe s'était une nouvelle fois arrêté. La situation semble d'autant plus critique que les crédits financiers ont été dépassés par Huyot. Le 31 juillet 1832, Louis-Philippe nomme Guillaume Abel Blouet, celui-ci sera chargé de terminer l'Arc de triomphe avec une nouvelle dédicace aux Armées de la Révolution et de l'Empire.

Au même moment, Adolphe Thiers, alors Ministre de l'Intérieur, passe commande auprès de plusieurs sculpteurs pour réalisationles décors allégoriques. Ainsi, les artisites Cortot, Etex, Rude, Lemaire, Seurre, Feuchère, Chaponnière, Gechter, Marochietti, Pradier, Bra, Valois, De Bay, Jacquot et Laitie seront tous mobilisés pour réaliser les hauts-reliefs, les frises, les écoinçons, les boucliers ou encore la balustrade du monument. Le 20 février 1836, le Lieutenant Général Saint-Cyr Nugues propose trois listes de noms : 30 batailles décisives de la Révolution et de l'Empire pour l'attique, 96 hauts faits d'armes et 384 généraux pour orner les piédroits.

Une inauguration discrète

Le 29 juillet 1836, après 30 années de travaux, l'Arc de triomphe est enfin inauguré. On dévoile alors les listes de noms figurant sur les piédroits. Mais la grande fête qui devait avoir lieu a été annulée par crainte d'attentat contre le roi Louis-Philippe. Seules 11 personnes seront présentes, et parmi elles : le Président du Conseil des Ministres Adolphe Thiers, le Ministre des Finances Antoine Maurice Appolinaire Argout, 6 gardes nationaux, le gardien du monument, et 2 visiteurs officiels.

A la nuit tombée, une foule se masse devant l'Arc de triomphe qui est illuminé de 700 becs de gaz. Par la suite, le gouvernement et l'architecte feront face à une vague de contestation concernant les noms inscrits sur les piliers. On assure que toutes les demandes seront étudiées, Blouet ajoutera aussitôt 128 noms de généraux et 172 batailles oubliés. Dans son ouvrage publié en 1837 et intitulé les Voix Intérieures, Victor Hugo se lamentera de ne pas y voir figurer son père, Jospeh-Léopold-Sigisbert Hugo qui avait été nommé Général par Louis XVIII en 1814. Par la suite, on procèdera à des ajouts ponctuels jusqu'en 1895.

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