Incontournable
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Incontournable
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Depuis le 11 novembre 1920, l'Arc de triomphe abrite la Tombe du Soldat inconnu. Parcourez les grandes étapes de son histoire, symbole de victoire et de sacrifice.
Au lendemain de l’assassinat de l’archiduc François Ferdinand à Sarajevo le 28 juin 1914, la Première Guerre mondiale entraîne avec elle un nombre important de pays. Elle se voulait brève, mais elle durera quatre ans et fera plus de dix-huit millions de morts.
Côté français, la guerre a emporté près de un million quatre cent mille hommes. À peine le conflit terminé, des ossuaires et de grandes nécropoles militaires sont ouvertes à la hâte et l’opinion se divise sur la question des lieux de sépulture de ces corps.
Faut-il inhumer ces soldats à l’endroit où ils sont tombés auprès de leurs frères d'armes ? Faut-il les restituer à leurs familles ?
Le débat suscite une vive émotion dans le pays, et notamment parmi les survivants. La liste des portés disparus, elle, continue de s’allonger…
Le 14 juillet 1919, au lendemain de la signature du Traité de Paix, Georges Clemenceau organise le Défilé de la Victoire. Celui qu’on surnomme alors le « Père la Victoire » choisit l’Arc de triomphe comme cadre de cette parade.
Pour réaliser le cénotaphe , on fait appel à plusieurs artistes.
Le sculpteur André Sartorio et les peintres André Marre, Louis Süe et Gustave Louis Jaulmes réalisent en quelques jours cette œuvre immense. Haut de dix-huit mètres, les faces dorées du cénotaphe présentent des victoires ailées et l’inscription : « Aux morts pour la patrie ».
La nuit qui précède le défilé, des Français endeuillés se rassemblent sous l’Arc de triomphe. Ils viennent y déposer des fleurs et saluer la mémoire de ces fils, ces frères, ces compagnons tombés au combat. Triste victoire.
Au matin du 14 juillet 1919, Clémenceau fait part de son souhait de faire défiler les troupes sous l’Arc de triomphe. On déplace alors le cénotaphe de trente tonnes sur les Champs-Élysées. Un millier de mutilés ouvriront le cortège, suivis des maréchaux et des états-majors interalliés.
Le lourd protocole mis en place pour organiser le Défilé de la Victoire prévoyait que les aviateurs défileraient non pas à bord de leurs appareils mais à pied.
La colère monte auprès de certains d’entre eux, on pense qu’il s’agit là d’une provocation. C’est depuis le bar de l’Escadrille (au Fouquet’s) qu’ils organisent la riposte.
Quelques jours plus tard, le 7 août 1919 à 7h20, Charles Godefroy décolle à bord de son biplan Nieuport 11 de l’aérodrome de Villacoublay.
Il contourne l’Arc de triomphe à deux reprises, puis il s’engouffre sous la voûte. Au même moment, un tramway traverse la place, on raconte que les passagers se jetèrent au sol dans la panique.
Le 26 novembre 1916, alors que les combats sont loin d’être terminés, Francis Simon évoque l’idée d’un hommage de la France aux soldats inconnus. Au cimetière de Rennes, son allocution prend une résonance particulière :
Au lendemain de l’armistice de 1918, Maurice Maunoury (le député de l’Eure-et-Loir et mutilé de guerre) reprend cette idée dans une proposition de loi. Les journaux s’en font l’écho avec un certain enthousiasme. Le débat s’ouvre à la fois dans le pays mais aussi au sein de la Chambre des députés.
Quel sera le lieu de recueillement pour toutes ces familles endeuillées ? Faut-il inhumer un soldat inconnu au Panthéon ?
Les débats se poursuivent durant l’année 1920. Mais à l’été, aucune décision n’est encore arrêtée. Alors que les Britanniques décident d’inhumer un soldat inconnu à Westminster le 11 novembre suivant, les députés français accélèrent les discussions.
Parallèlement, le gouvernement prévoit l’inhumation du cœur de Gambetta au Panthéon le 11 novembre 1920. Par cet hommage national à Léon Gambetta, le gouvernement souhaite à la fois célébrer les cinquante ans de la République mais aussi réparer le souvenir douloureux de la défaite de 1870.
Le débat se concentre désormais sur le lieu d’inhumation. Le Panthéon est peu à peu écarté par une partie de la classe politique. On évoque l’origine ecclésiale du monument et l’on souhaite privilégier un temple laïc.
À cet argument s’ajoute celui de l’anonymat du soldat. Il ne s’agit pas ici d’honorer un grand homme. Le Soldat inconnu n’est ni un grand écrivain, ni un scientifique, ni même un homme politique. Il est bien plus grand et doit pouvoir reposer dans un lieu exceptionnel qui lui serait réservé car le sacrifice qu’il représente n’a nulle comparaison. À travers lui, c’est la mémoire de millions d’hommes qui sera commémorée.
Le 8 novembre 1920, , la Chambre des députés vote à l’unanimité pour l’inhumation du Soldat inconnu à l’Arc de triomphe.
Le 9 novembre 1920, neuf cercueils sont exhumés. Ils proviennent des neuf sites les plus touchés par les conflits dans les zones de la Flandre, de l'Artois, de la Somme, du Chemin des Dames, de la Champagne, et de Verdun. Des doutes subsistent sur la nationalité de l’un des corps, on décide alors de le retirer. Les huit cercueils restant sont disposés dans la citadelle de Verdun.
André Maginot, ancien combattant et mutilé de guerre, préside la cérémonie du choix du soldat. Il remet à Auguste Thin, jeune caporal, un bouquet de fleurs. Le jeune Auguste Thin choisira le sixième.
Le corps du Soldat inconnu prend immédiatement la route pour Paris à bord d’un train spécial. Dans la nuit, le cercueil est déposé dans une chapelle ardente située place Denfert-Rochereau.
Le 11 novembre 1920, des centaines de milliers de personnes suivent le cortège funèbre dans le silence et les pleurs. Une famille fictive marche derrière le cercueil du Soldat inconnu qui est recouvert du drapeau tricolore.
Le convoi marque un arrêt au Panthéon avant de se rendre à l’Arc de triomphe. On place le cœur de Gambetta et le corps du Soldat inconnu sous la voûte du monument.
Plus tard dans la journée, le cœur de Gambetta rejoint le Panthéon. Le Soldat inconnu, lui, sera placé dans la Salle des Palmes à l’intérieur de l’Arc de triomphe.
Le soir, cent cinquante projecteurs illumineront l’Arc de triomphe.
La tombe du Soldat inconnu n’était pas prête à son arrivée le 11 novembre 1920. Son corps sera veillé jour et nuit à l’intérieur de l’Arc de triomphe jusqu’à son inhumation définitive le 28 janvier 1921.
À cette occasion, tout le gouvernement est présent, ainsi que le président Millerand et le Premier ministre britannique David Lloyd George.
Louis Barthou prend la parole. Le ministre de la Guerre vient lui aussi de perdre son fils unique au champ de bataille. Alors que le cercueil est déposé dans le caveau, le ministre s’écrie en pleurs :
Deux ans après l’inhumation du Soldat inconnu, le journaliste et poète Gabriel Boissy lance l’idée de la Flamme du souvenir, qui reçoit immédiatement l’approbation enthousiaste de l’opinion publique.
Avec le soutien d’André Maginot, devenu ministre de la Guerre, le projet avance rapidement.
Pour réaliser la bouche à feu, on fait appel au ferronnier Edgar Brandt et à l’architecte Henri Favier. Ils réalisent un bouclier circulaire au centre duquel s’ouvre une gueule de canon d’où surgit la flamme. Vingt-cinq glaives rayonnent en étoile autour de la flamme.
La flamme est allumée pour la première fois le 11 novembre 1923 par Maginot, entouré d’une multitude d’anciens combattants; elle ne s’est depuis jamais éteinte.
Un culte quotidien est rendu au Grand Mort : chaque soir, à 18h30, la Flamme est ravivée par l’association la Flamme sous l’Arc de triomphe qui représente les centaines d’associations d’anciens combattants en France.
Plongez dans cette journée historique si particulière du 28 janvier 1921en découvrant de nombreuses images d'archives, retraçant les instants clés de l'inhumation du Soldat inconnu sous l'Arc de triomphe :