En tant qu’artiste contemporaine, comment avez-vous abordé le fait de travailler dans un monument patrimonial aussi marqué par l’histoire nationale et militaire ?
Dans mon travail, je propose une relecture de certains moments de l’histoire de l’art et des images, pour déplacer un peu notre regard. C’était donc intéressant pour moi de travailler à partir de ce lieu très chargé visuellement. Je me suis un peu affranchie de cette image militaire en essayant de remettre au cœur de l’exposition une présence plus intime et décorative.
Les palmes, frises et feuilles d’acanthe sont très présentes sur le monument. Pourquoi avez-vous choisi de vous les réapproprier dans votre travail ?
Les feuilles d’acanthe et les éléments végétaux sont déjà très présents dans mon travail pour leur potentiel décoratif. Ça me paraissait donc assez évident de reprendre ce motif pour le projet à l’Arc de triomphe, comme une manière de prolonger l’ornementation existante tout en en proposant une interprétation liée à mes propres questionnements plastiques et théoriques.
Ça m’amuse aussi d’assumer une certaine surenchère de rubans et de fleurs, qui sont en réalité déjà présents dans les décors du monument, mais pas forcément mis en valeur dans la narration officielle du lieu.
Pouvez-vous expliquer comment ces œuvres ont été réalisées et comment les différents médiums – papiers peints, œuvres sur papier, céramiques – dialoguent entre eux dans votre démarche artistique ?
Les dessins sont réalisés à l’encre sur papier ; le papier peint est imprimé numériquement à partir de dessins numérisés, agrandis puis retravaillés. Les petites pièces en faïence émaillée (céramique) sont plutôt évocatrices des motifs dessinés et permettent de jouer avec des effets de 2D/3D et des jeux d’échelle, assez présents dans mon travail. J’aime que ces médiums circulent entre eux, et je joue avec les notions d’arrière-plan et de premier plan qui se répondent sans hiérarchie.
L’installation fait référence à un événement peu connu de 1970. Pourquoi était-il important pour vous de rendre visible cet épisode ?
En fait, ce que j’ai trouvé marquant dans cet épisode, c’est que ces militantes, arrêtées par la police, n’avaient jamais pu déposer leur gerbe de fleurs [sur la Tombe du Soldat inconnu] ! C’était donc important et intéressant pour moi de profiter de cette installation pour faire symboliquement entrer ce bouquet, évoqué par les dessins et les fleurs en céramique. Mon travail est en général subtilement politique.
Quelle place donnez-vous au public dans l’évolution ou la transformation de l’installation ?
L’idée est de laisser la main au public sur une partie du papier peint, en deux temps : une zone plutôt « coloriage », dans laquelle je propose de mettre en couleur mes dessins, et une autre d’interprétation complètement libre.
Je pense que ça va être très beau, parce que ce genre d’intervention permet de sortir de mon regard et de mon geste pour en découvrir d’autres, qui s'affranchissent des codes liés au dessin contemporain.
Qu’aimeriez-vous que les visiteur.euses ressentent en traversant l’installation ? Y a-t-il une question que vous souhaiteriez qu’ils.elles se posent en quittant l’exposition ?
Je suis toujours heureuse quand des personnes ressentent quelque chose dans et devant mon travail. Peut-être que l’installation ouvrira certaines portes de réflexion, ou permettra simplement un regard un peu différent sur le lieu. J’adorerais qu'on en ressorte en se posant la question de comment l’Histoire s’écrit : à travers quelles formes, par qui, et pour qui ?